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Dominique Meda - Le travail

 

Dominique Meda
Le travail
PUF Que sais-je ?
Janvier 2004

L’actualité nous montre que le travail n’est pas une notion évidente, mais une norme sociale. Dominique Meda nous en propose un historique, expose les problématiques actuelles et les pistes explorées pour y répondre, enfin développe celle spécifique de la place des femmes.

Antiquité : la malédiction

Il convient de faire une première distinction entre activité et travail. Pendant toute l’antiquité, on sépare le loisirs studieux et cultivé, où l’on est sous l’autorité de personne, des tâches ingrates du quotidien, tenues dans le mépris même si elles sont génératrices de revenus.

Dans ce monde cyclique, clos, le travail ne permet pas de changer la qualité donnée par la naissance, ne sert pas la collectivité, n’ajoute pas de la valeur, n’est créateur de rien.

L’arrivée du christianisme ne changera pas cette perception. Le travail reste une activité pénible, une malédiction divine, une punition de la faute originelle.

XVIIIème siècle : la marchandise.

D’une part Adam Smith, dans son célèbre livre Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, invente la science économique. Le travail devient ainsi négociable (on peut louer les services d’un homme libre) et fondement de l’organisation sociale (distribution du pouvoir et des ressources).

D’autre part la Réforme va le légitimer sur le plan religieux en reformulant sa signification. Il n’est plus souffrance pour obtenir un gain dans l’au-delà, mais le travail devient ici bas un signe d’élection par Dieu.

XIXème siècle : l’oeuvre

Si chez Adam Smith, le travail est toujours une activité pénible, les penseurs du temps, au premier rang desquelles, Hegel et Marx, y voit l’essence de l’homme.

L’histoire n’est plus perçue comme un processus cyclique, mais linéaire, avec un début et une fin. L’aménagement du monde par les humains à leur bénéfice, au détriment de la nature, devient pensable. Le concept de travail se transforme : il est aussi créativité, noblesse, épanouissement, il peut être une œuvre que l’on accomplit.

XXème siècle : le salariat

Après la révolution industrielle et les grands changements qui ont suivis la seconde guerre mondiale, le travail procure plus qu’une rémunération immédiate : avec la sécurité Sociale, il assure la santé, avec les systèmes de retraites, des revenus futurs, avec les avantages en nature, il fournit téléphone, connexion au Réseau, voiture, vacances, loisirs, logement, formation continue...

Un emploi salarié est nécessaire pour mener une vie "normale" et être socialement inséré. Le perdre, c’est perdre plus qu’un salaire.

Logiquement, l’Etat mènera à partir de 1945 des politiques de plein emploi.

XXIème siècle : le problème ???

Nous héritons du siècle précédent le chômage, avec son lot de paupérisation et d’insécurité sociale. Cette dernière est renforcée par la mondialisation et la nouvelle organisation des entreprises. Par de multiples moyens, on adapte la quantité de main d’œuvre à la charge de travail.

Résultat, en 2003, si le nombre d’emploi de courte ancienneté croit, signalant une réelle précarité, le nombre d’emploi de grande ancienneté croit aussi. L’entreprise est resserrée autour d’un noyau de salariés stables, mais stressés.

Enfin, sur le plan des conditions de travail, et contrairement à une idée répandue, de plus en plus de travailleurs déclarent effectuer des efforts physiques et s’exécuter sous l’influence de 2 contraintes ou plus.

Des solutions ?

Trois axes de réflexion se dégagent :

La petite entreprise

L’individu doit se comporter comme un offreur de produits et de services dans un marché de l’offre et de la demande. Il lui revient de gérer la fonction sociale (santé, chômage, retraite). La question reste de savoir si tout le monde veut et peut suivre ce schéma, avec le risque de ramener "une grande partie de la population à l’état où elle se trouvait au XIXème siècle".

L’économie solidaire

A côté de l’économie marchande, il faut développer une économie sans but lucratif. Non délocalisables, potentiellement nombreux, ces emplois répondent aussi aux problématiques de la prise en charge des personnes âgées, des jeunes enfants, du désir des femmes de s’investir dans leurs carrières.

Mais ils sont souvent peu rémunérés et de piètre qualité en regard de ceux du secteur marchand. Ils courent aussi le risque d’être instrumentalisés par les politiques d’emploi, car ils sont fortement réglementés, et de s’organiser en ghetto d’unterarbeiter, de sous-travailleurs.

La sécurisation des trajectoires professionnelles

L’idée est de réduire la souffrance économique, sociale et psychologique en transformant les périodes de chômage en périodes "inter-emploi". On devra considérer la carrière comme attachée à l’individu et non au poste ou à l’entreprise. En cas de rupture de contrat, une formation ou une réorientation accompagnée seront mises en place.

Deux problèmes : cela suppose un changement profond de mentalité et ne répond pas à la question : que faire quand le travail manque objectivement.

La place du travail

Sommes-nous entrés dans une société des loisirs ? La réponse est nuancée.

S’il est vrai que le temps de travail a baissé statistiquement, c’est le fait du chômage : au cours des années 1986/1999, ceux qui ont un emploi travaillent de plus en plus et on observe un déplacement de la charge vers les catégories dites favorisées (cadres).

Par rapport à nos voisins européens, les français attachent une grande importance au travail. Dans le monde anglo-saxons, il est juste un moyen de gagner sa vie. La naissance a conservé son rôle dans la construction de l’identité et c’est l’argent, non l’activité, qui est le marqueur social.

Dans le même temps, les français souhaitent que le travail prenne moins de temps dans leur vie. Mais une analyse plus fine des données montre que la tension est moins entre travail et loisirs qu’entre travail et vie de famille.

Ce sont d’ailleurs les femmes avec jeunes enfants et emploi qui déclarent le plus manquer de temps.

Vers un travail moderne, décent et soutenable

C’est la définition que Dominique Meda donne du nouveau paradigme à construire.

Moderne, le travail doit être intéressant. Il doit éviter d’intégrer les humains dans les processus de production comme de simples rouages. La fonction doit donc évoluer tout au long de la vie.

Décent, il doit non seulement apporter un niveau de vie conforme à la norme, mais aussi permettre un équilibre entre activité professionnelle, vie de famille et loisirs.

Soutenable, enfin, il doit respecter l’intégrité physique et psychologique de l’individu. Il doit également lui assurer une sécurité sociale, c’est à dire assurer sa santé, son éducation et sa retraite.

Sur ce dernier sujet, Dominique Meda fait remarquer que le fameux problème des retraites est moins une question de finances qu’une question d’emploi : si les seniors retrouvaient massivement le chemin des entreprises, dans des fonctions adaptées à leur âge, l’aspect financier disparaitrait de lui-même.

Publié en 2004, ce livre n’aborde qu’incidemment la défiance apparemment grandissante entre les salariés et les entreprises. Mais ce qu’il apporte d’éclairage historique et le point qu’il fait sur les évolutions possibles et souhaitables restent d’actualité.

Dans la collection Que Sais-je ?, parfois inégale, c’est un "bon numéro".

PaulH

mercredi 28 octobre 2009

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